Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/191

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recevoir sur la paume ou le dos de sa main, à la façon des joueurs d’osselets.

Puis quand il s’était rendu compte que le cavalier ou le piéton, dont le pas lui avait signalé l’approche, était un familier, il replaçait ses cailloux sur la marche, et reprenait son attitude pensive.

Que faisait-il là ? Pour le comprendre, il eût fallu entendre sa brève conversation avec Henry, quand tous deux avaient quitté la tente de Napoléon.

— Va dormir, Henry, avait dit Espérat ; moi, je m’installe ici.

— Pourquoi ?

— Parce que Campbell est l’espion de l’Europe.

— Je ne comprends pas.

— C’est clair pourtant ; une étrangère a débarqué dans l’île. L’Empereur s’empresse autour d’elle. Campbell doit s’inquiéter de cela. Donc il viendra rôder par ici.

— Et après ?

— Après ? J’ai une idée ; il faut voir. Va dormir.

Henry avait obéi ; mais depuis trois heures que durait la faction de Milhuitcent, l’Anglais n’avait pas encore paru.

Or, vers onze heures du matin, le factionnaire volontaire eut peine à retenir un cri de joie. Une voiture, venant de la direction de Porto Ferrajo, stoppa à peu de distance du chalet.

Le colonel Campbell, revêtu de son uniforme de parade, se prélassait dans le véhicule.

L’Anglais mit pied à terre et vint droit à l’entrée de la maison Marciana.

Seulement, Espérat tenait toute la largeur de la porte, et pour pouvoir entrer, il était indispensable qu’il se dérangeât.

Force fut au commissaire de s’arrêter devant cet obstacle vivant.

— Mon ami, dit-il d’un ton gourmé, retirez-vous que je passe.

— Alors, fit nonchalamment le jeune homme qui s’était remis à jouer avec ses cailloux, il est bien inutile que je me retire.

— Vous dites ?

— Que vous ne devez pas entrer.

— Pas entrer, et pourquoi, maraud ?

— Les marauds sont vêtus en officiers anglais, railla Milhuitcent, puisqu’ils injurient un pauvre garçon qui obéit aux ordres qu’on lui a donnés.

Campbell eut un haut-le-corps.