Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/317

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— Leurs voix sont éteintes à jamais.

— Morts ?

— Tombés, les armes à la main, au Grand Lay.

— Et la sœur de Jean, Mlle d’Armeil.

Le comte se courba davantage, comme s’il avait honte de la douleur qu’il allait causer, et d’un ton sourd, lugubre :

Mlle d’Armeil s’était enfermée, avec ses métayers, dans son château de la Châtaigneraie.

— Ah !

— Elle résista cinq jours aux attaques des bleus, leur mit hors de combat trois cents hommes.

— Après, après ?

— Enragés de cette lutte meurtrière, les assiégeants incendièrent le château.

— Le feu ?

— Tous les défenseurs ont péri dans les flammes.

— Pauvre Fernande !

Comme un sanglot, ces mots jaillirent des lèvres du général. Il se laissa choir sur un siège et resta là, le regard vague, plongé dans une rêverie désolée.

Pourtant, au bout d’un instant, une lueur intelligente reparut dans ses yeux. Il considéra le comte, qui n’avait pas fait un mouvement, et d’un accent sec, sifflant :

— Est-ce tout ?

D’Artin secoua la tête :

— La Vendée est presque pacifiée, parce que tous ceux qui commandaient sont morts.

— Ah ! alors, mes amis, mes parents.

— Tous, oui.

Il y eut encore un silence. Ce fut le messager de funèbres avis qui le rompit.

— Si le roi s’étonnait de voir sur vos épaules l’uniforme que haïssent les Vendéens, vous devrez avouer, mon cher général, que cet étonnement aurait été justifié, alors que le malheur s’arrêterait à ce que je viens d’avoir le pénible devoir de vous conter.

Bourmont frissonna comme s’il ressentait une secousse intérieure.

— N’est-ce donc point tout ?

— Hélas non.

— Ah ! mon Dieu… se serait-on battu près de Challans ?