Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/319

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— Blessée, mais hors de danger. Elle vivra.

Bourmont eut un soupir joyeux.

— Seulement, continua lentement le comte d’Artin, voici un objet qu’elle a remis à un des nôtres avec mission de vous le faire tenir.

Il tendait en même temps un objet métallique au général.

Celui-ci le prit.

C’était un modeste médaillon d’argent. Bourmont l’ouvrit. À l’intérieur, sous une petite plaque de verre, s’apercevait une boucle de cheveux châtains.

— Des cheveux de Louis-Marie Simier, prononça lugubrement le comte, mort à dix-neuf ans en défendant sa mère.

L’officier poussa lin gémissement sourd, ses bras battirent l’air. On eût cru qu’il allait tomber, mais il se redressa, se prit à déboutonner son habit d’uniforme en bégayant :

— Le roi a raison, cet habit me brûle les épaules… je le quitte, je quitte l’armée.

De nouveau il se tut, se passa la main sur le front.

— Mais la veille d’une bataille peut-être… c’est trahir.

Le comte haussa les épaules.

— C’est se séparer des meurtriers des vôtres. Au surplus, rien ne vous empêche d’écrire, d’expliquer votre départ.

— C’est vrai ! C’est vrai !

Conduit aux abîmes par l’astuce infernale de son compagnon, le général ne soupçonna même pas de quels monstrueux calculs, il subissait le contre-coup.

Il courut à sa table et d’une main fiévreuse écrivit deux lettres, l’une informait le général Hulot, le plus ancien commandant de brigade de la division, que M. de Bourmont, obligé de s’absenter, lui transmettait, pour exécution, les ordres du général en chef.

L’autre, adressée à l’Empereur était ainsi conçue.

Autre« Sire,

« Je quitte votre armée. Ne voyez pas en moi un traître, mais un infortuné qui ne saurait combattre sous le même drapeau que les assassins de tous ceux qu’il aimait.

Il plia, cacheta ces missives.

D’Artin les lui enleva des mains.

— Préparez-vous au départ, général, je vais prier M. Clouet de faire parvenir ces billets.