Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/381

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dessus dessus desquels se poursuivent des libellules rapides, aux reflets métalliques.

Le pont de Steenhove est là, avec ses deux arches basses.

Ils le traversent.

Un chemin bien entretenu suit la rive gauche de la rivière, escalade le flanc de la colline de Bellevue d’Hal.

Les deux amis arrivent au sommet. Ils regardent vers Waterloo.

De ce point, Mont-Saint-Jean, Hougoumont, la Belle-Alliance, les corps d’armée en masses sombres leur apparaissent.

Et comme ils observent, des fumées blanches jaillissent de cent endroits différents, bientôt suivies de détonations assourdies.

Vidal consulte sa montre. Il est onze heures trente-cinq du matin. La bataille de Waterloo commence.

Personne ne le soupçonne encore, mais le destin a accompli son œuvre. La pluie diluvienne de la veille a retardé le choc de cinq heures. En dépit des fautes commises, ces cinq heures eussent encore permis l’écrasement de Wellington avant l’arrivée de ses alliés, mais il importait à la réalisation des desseins inexplicables du destin que la France fût victime. Quelques nuages se résolvant en ondée, suffirent à vaincre l’Invincible.

Mais ces pensées mornes ne vinrent pas aux deux amis.

— L’Empereur engage sa bataille, s’écria Espérat, engageons la nôtre. Sans cela, il aura triomphé d’une armée avant que nous ayons eu raison d’un homme.

À ses yeux, rapide, fulgurant, passa le souvenir de ce qu’était cet homme. Mais il le chassa bien vite :

— En avant.

Le chemin continuait sur la pente opposée. Quelques pas encore et le sommet leur cacha la plaine de Waterloo. Leurs oreilles seules les avertirent désormais que l’attaque des positions anglaises devenait générale.

Après un dernier détour, le commandant s’arrêta brusquement. Espérat l’imita. Une émotion poignante les paralysa un instant.

Le but de leur expédition était là sous leurs yeux.

À quelques mètres, le ruisseau de Mollenbecke courait vers l’est, où il allait confondre ses eaux avec celles de la Senne.

Des blocs de rochers, des cailloux, jetés en travers de son cours, indiquaient de quelle façon le franchissaient les piétons, arrivant par la sente de Bellevue d’Hal.

Sur l’autre rive une maison de briques, au toit d’ardoises, se dressait, longée par la route qui se continuait dans la direction du nord.