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LE TOUCHER SPHÉRIQUE

mur qui réellement reste invariable semble changer sans cesse de ton. Comme le toucher continu du médius gauche, par exemple, change de dimensions selon qu’on lui oppose successivement le toucher de l’index, du médius, de l’annulaire ou de l’auriculaire droit, de même ce mur change de ton selon qu’on lui oppose des nuances légèrement différenciées.

En somme, dans le mélange des couleurs, comme dans les unités nouvelles, aucun changement partiel ne peut être obtenu. Dans le mélange des couleurs comme dans le toucher sphérique, les transformations perçues sont totales ; elles doivent se ramener, comme celles des unités nouvelles, à des lois de proportionnalité dont le calcul nous échappe, mais dont la réalité nous frappe.


Les unités nouvelles dans le rapport des formes.

Admettons qu’un peintre ait terminé un portrait dont la physionomie soit expressive et vivante ; si l’artiste est vraiment un voyant, il aura l’impression que le moindre trait ajouté ensuite change toute cette physionomie, et les rapports dans le changement total seront aussi subtils pour lui que si une autre pensée avait été évoquée dans ce visage.

Par sa sensibilité tactile, l’artiste sent, en effet, ce devenir total nouveau dans le mouvement qu’il réalise en exécutant ce trait qui lui-même n’est qu’un changement partiel des plus faibles, il voit si bien le changement total se produire, l’unité nouvelle se former, qu’il agit comme s’il produisait réellement à la fois toutes les transformations qui s’effectuent ;