Page:Jaëll - L’intelligence et le rythme dans les mouvements artistiques, 1904.pdf/137

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
131
LE TOUCHER SPHÉRIQUE

acquérons pour ainsi dire une compréhension préalable des sons qui vont suivre : nous entendons en avant et en arrière comme nous regardons en avant et en arrière ; mais la diminution ou l’augmentation du volume et de la vitesse des sons produit de même des sensations de perspective comme si, selon leur degré de force, les sons étaient entendus de plus loin ou de plus près, ou comme si, selon leur degré de vitesse, l’allure des sons était perçue, sous une image visuelle quelconque, de plus loin ou de plus près. Dans l’art musical, il est vrai, ces rapports ne se trouvent qu’incidemment reliés ; néanmoins si l’intensité de la volonté contenue peut être figurée par un plain-chant, lent et fort, ou par un choral, ces chants ne donnent jamais la représentation de l’intensité de la vie réelle. Lorsque cette intensité de vie peut être évoquée parfois par des sons lents et doux, c’est qu’elle se ramène à des sensations de rêve, à des étals d’extase qui approchent du rêve, ou de l’intuition de ce qu’on appelle l’au-delà ! On pourrait dire que toute l’attraction exercée sur nous par l’art musical pourrait se transposer en sensations visuelles d’espace, si nous savions regarder comme nous savons écouter.

Précisément, l’impossibilité de conserver aux rapports des dimensions et des mouvements perçus leur justesse dès que notre personnalité entre elle-même dans l’image perçue, nous montre combien il nous est relativement facile de concevoir l’harmonie dans l’art, mais combien nos sensations subjectives sont peu faites pour nous permettre d’envisager notre existence reliée à celle des autres dans les mêmes