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TOUCHER SPHÉRIQUE ET TOUCHER CONTRAIRE

rapports harmonieux. Dès que notre personnalité entre dans l’image, il s’élève dans notre pensée un manque d’harmonie qui trouble l’ordre général.


La surestimation subjective.

Si, placée dans un espace étendu, où il y a peu de circulation, de sorte que la vue reste libre, je veux, en marchant de mon pas habituel, apprécier avec justesse l’allure plus vive de ceux qui passent devant moi, la fausseté de mes estimations est si frappante que j’ai peine à concevoir l’erreur qui se produit. Je suis forcée de reconnaître qu’en général je conçois les actions des autres seulement dans la mesure où elles présentent le moins de contraste avec les miennes : car si, pendant que je marche lentement, il m’est impossible d’apprécier, même approximativement, combien les autres marchent plus vite que moi, c’est que dans ce cas la représentation des contrastes m’est rendue presque impossible. Je ne me rends, en effet, compte de la supériorité d’effort dans la vitesse de la démarche des autres qu’en mettant mon pas à l’unisson avec le leur.

Comparée à l’unité de l’art qui se déroule dans la perspective des sons, cette surestimation subjective nous montre la presque impossibilité de l’art de la vie en raison de ces notes dont le rythme reste, pour chacun de nous, comme hors cadre.

Dans la lutte contre l’instinct égoïste, la transformation de la vue, raffinement général des sens, ne seraient-ils pas bien plus efficaces que toutes les théories généreuses malgré lesquelles nous restons