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Espagne ; Hutgin, ambassadeur en Italie ; Martinet, ambassadeur en Suisse, etc.

Justice. Lucifer, grand justicier ; Alaslor, exécuteur des hautes œuvres.

Maison des princes. Verdelet, maître des cérémonies ; Succor-Benoth, chef des eunuques ; Chamos, grand chambellan, chevalier de la Mouche ; Melchom, trésorier payeur ; Nisroch, chef de la cuisine ; Béhemoth, grand échanson ; Dagon, grand panetier ; Mullin, premier valet de chambre.

Menus plaisirs. Kobal, directeur des spectacles ; Asmodée, surintendant des maisons de jeu ; Nybbas, grand paradiste. Antéchrist, escamoteur et nécromancien. Boguet l’appelle le singe de Dieu.

On voit que les démonomanes se montrent assez gracieux envers les habitants du noir séjour. Dieu veuille qu’après tant de rêveries ils n’aient pas mérité d’aller en leur société !

M. Berbiguier a écrit en 1821, après avoir transcrit cette liste des princes de la cour infernale ; « Cette cour a aussi ses représentants sur la terre : Moreau, magicien et sorcier à Paris, représentant de Belzébuth ; Pinel père, médecin à la Salpêtrière, représentant de Satan ; Bonnet, employé à Versailles, représentant d’Eurynome ; Bouge, associé de Nicolas, représentant de Pluton ; Nicolas, médecin à Avignon, représentant de Moloch ; Baptiste Prieur, de Moulins, représentant de Pan ; Prieur aîné, son frère, marchand droguiste, représentant de Lilith ; Étienne Prieur, de Moulins, représentant de Léonard ; PaponLominy, cousin des Prieur, représentant de Baalberith ; Jeanneton Lavalette, la Mansotte et la Vandeval, représentant l’archidiablesse Proserpine, qui a voulu mettre trois diablesses à mes trousses [1]. » Voy. Berbiguier

Courils, petits démons malins, corrompus et danseurs, dont M. Gambry a trouvé la croyance établie sur les côtes du Finistère. On les rencontre au clair de la lune, sautant autour des pierres consacrées ou des monuments druidiques. S’ils vous saisissent par la main, il faut suivre leurs mouvements ; ils vous laissent exténués sur la place quand ils la quittent. Aussi, les Bretons, dans la nuit, évitent-ils avec soin les lieux habités par cette espèce de démons, genre des cobales.

On ajoute que les courils perdirent une grande partie de leur puissance à l’arrivée des apôtres du Catholicisme dans le pays. Voy. Willis.

Courma-Vataram. Les Indiens adorent sous ce nom leur dieu Vichnou, dans sa seconde incarnation, qui est celle d’une tortue.

Couronne nuptiale. Chez les habitants de l’Entlebuch, en Suisse, le jour des noces, après le festin et les danses, une femme vêtue de jaune demande à la jeune épousée sa couronne virginale, qu’elle brûle en cérémonie. Le pétillement du feu est, dit-on, de mauvais augure pour les nouveaux mariés.

Courroie de soulier. C’était un mauvais présage chez les Romains de rompre la courroie de son soulier en sortant de chez soi. Celui qui avait ce malheur croyait ne pouvoir terminer une affaire commencée et ajournait celles qu’il s’était proposé d’entreprendre.

Court de Gébelin, écrivain extravagant, venu de Lausanne à Paris au dernier siècle ; il fit, sous le titre de Monde primitif, un roman philosophique en neuf volumes in-/i°, que la livrée de Voltaire prôna parce qu’il attaquait la vérité religieuse, et qui est descendu chez les épiciers. Il se passionna pour le magnétisme, et le 13 mai 1784 il se magnétisa si bien lui-même qu’il en tomba roide mort. On lui fit cette épigraphe :

Ci-gît ce pauvre Gébelin,
Qui parlait grec, hébreu, latin.
Admirez tous son héroïsme :
Il fut martyr du magnétisme.

Courtinière. Un gentilhomme breton, nommé M. de la Courtinière, ayant reçu un jour dans son château plusieurs seigneurs ses voisins, les traita bien pendant quelques jours. Après leur départ, il se plaignit à sa femme de ce qu’elle ne leur avait pas fait assez bon visage ; il fit sans doute ces remontrances avec des paroles peu honnêtes : la femme, d’une humeur hautaine, ne répondit rien, mais elle résolut intérieurement de se venger. M. de la Courtinière s’étant couché et dormant profondément, la dame, après avoir corrompu deux de ses domestiques, leur fit égorger son mari, dont ils portèrent le corps dans un cellier. Ils y firent une fosse, l’enterrèrent, et ils placèrent sur la fosse un tonneau plein de porc salé. La dame, le lendemain, annonça que son mari était allé faire un voyage. Peu après, elle dit qu’il avait été tué dans un bois, en porta le deuil, montra du chagrin et fit faire des services dans les paroisses voisines.

Mais ce crime ne resta pourtant pas impuni : le frère du défunt, qui venait consoler sa belle-sœur et veiller à ses affaires, se promenant un jour dans le jardin du château, et contemplant un parterre de fleurs en songeant à son frère, fut pris d’un saignement de nez qui l’étonna, n’ayant jamais éprouvé cet accident. Au même instant il lui sembla voir l’ombre de M. de la Courtinière qui lui faisait signe de le suivre. Il suivit le spectre jusqu’au cellier, où il le vit disparaître. Ce prodige lui ayant donné des soupçons, il en parla à la veuve, qui se montra épouvantée. Les soupçons du frère se fortifiant de ce trouble, il fit creuser dans le lieu où il avait vu disparaître le fantôme. On découvrit le cadavre, qui fut levé et reconnu par le juge de Quimper Corentin. Les coupables, arrêtés, furent condamnés, la veuve (Marie de Sornin), à avoir la

  1. Les farfadets, etc., t. I, p. 4 et 5.