Page:James Guillaume - L'Internationale, III et IV.djvu/121

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(Gosoudarstvennost i Anarkhia ; Tchast I.) Les onze premières feuilles seulement (pages 1-176) du volume furent imprimées à Zürich ; le reste, qui est composé en un autre caractère, a été imprimé à Genève [1].

Or, pendant que s’achevait l’impression du volume Istoritckeskoé razvitié Internatsionala, un conflit personuel éclatait entre Ross et deux autres membres du groupe de l’imprimerie, Œlnitz et Holstein ; ceux-ci réussirent à gagner à leur cause Ralli, que Ross avait espéré d’abord avoir de son côté ; et tous trois, Œlsnitz, Holstein et Ralli, mirent Bakounine en demeure de choisir entre Ross et eux. Bakounine répondit à Œlsnitz (Locarno, 16 août 1873) : « Tu as posé la question clairement. Toi, Ralli, Holstein, vous ne voulez plus rien avoir à faire avec Ross. Vous me prévenez que toute nouvelle tentative de ma part serait inutile, et vous me demandez de choisir entre lui et vous. En m’adressant une semblable invitation, vous avez sans aucun doute prévu ma réponse. Je ne peux ni ne veux me séparer de Ross. Je suis trop étroitement lié avec lui pour que cela soit possible. Depuis plus de trois ans que nous sommes unis par l’amitié et l’action, il m’a donné trop de preuves de son chaud attachement personnel, et de son attachement encore plus chaud et infatigable à la cause commune, pour qu’une rupture avec lui soit admissible pour moi... Puisque la rupture entre vous et moi est ainsi devenue inévitable, tâchons qu’elle nuise le moins possible à notre cause commune ; car nous restons toujours les serviteurs de la même cause, avec le même programme et le même but. Vous êtes, à ce qu’il paraît, très sérieusement unis tous les trois pour le service de cette cause. Ross et moi nous resterons, comme avant, unis dans le même but. Par conséquent, non seulement nous ne pouvons pas être ennemis, mais nous serons obligés de rester alliés à un degré important pour la cause commune. Voulez-vous, tout en constituant entre vous, à partir de ce moment, une inséparable collectivité, continuer à agir avec moi personnellement, et rien qu’avec moi, pour la cause ? ou bien trouverez-vous nécessaire de rompre avec moi aussi toute relation ? Cela dépendra entièrement de vous. J’accepterais avec joie la première alternative ; mais je suis prêt aussi, quoique avec tristesse, à accepter la seconde. »

Œlsnitz répondit à Bakounine, le 23 août, au sujet de la continuation des relations, qu’il ne pouvait rien dire avant d’avoir consulté le groupe de ses amis, ajoutant qu’à leurs yeux, la communauté du programme n’était pas chose démontrée ; quant aux sentiments, Œlsnitz déclarait conserver à Bakounine son estime personnelle, sauf en ce qui concernait la dernière affaire.

À cette lettre, Bakounine répliqua le 29 par celle-ci : « Cher Œlsnitz, j’ai reçu ta lettre du 23 : qu’il soit fait selon votre désir. Ne décidons rien maintenant ; laissons à la marche future de nos affaires le soin de déterminer le caractère de nos futures relations pour la cause. Je vous annonce maintenant, pour le

  1. J’emprunte ce qui suit à une communication reçue de Ross en février 1908 : « La seconde moitié du volume Gosoudarstvennost i Anarkhia a été imprimée à Genève, de septembre à novembre 1873 ; les caractères russes employés appartenaient au Polonais Jilk. Pour cette seconde partie, j’ai remanié un peu le manuscrit de Bakounine, en supprimant quelques longueurs ou répétitions. » Dans un des appendices de ce livre (Appendice A), Bakounine, examinant ce que doit faire la jeunesse russe, lui conseille d’aller dans le peuple (idti v narod) : « Dans cette situation, — dit-il, — que doit faire notre prolétariat intellectuel, la jeunesse socialiste révolutionnaire honnête, loyale, dévouée à toute extrémité ? Elle doit, sans aucun doute, aller dans le peuple, parce que partout maintenant, mais surtout en Russie, en dehors du peuple, en dehors des nombreux millions des masses travailleuses, il n’existe ni vie, ni cause, ni avenir. Mais comment et dans quel but aller dans le peuple ?... Le peuple doit voir la jeunesse au milieu de lui, partageant sa vie, sa misère, sa révolte. La jeunesse doit être là non comme spectateur, mais comme acteur et comme initiateur prêt à risquer sans cesse son existence dans tous les mouvements et soulèvements populaires, si petits qu’ils soient. » Bakounine avait donné à la jeunesse le même conseil dès 1868, dans le premier numéro de Narodnoé Diélo, et en 1869 dans sa brochure Quelques paroles à mes jeunes frères en Russie (Genève, mai 1869).