Page:James Henry - L Eleve.djvu/11

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bien qu’il essayât de converser en latin comme s’il eût été un petit prélat.

Parmi tous les jours de réception dont la mémoire de Mrs Moreen était surchargée, elle était parvenue à en intercaler un à elle que ses amis oubliaient parfois. Malgré cela, la maison avait un aspect assez fréquenté grâce à la quantité de beau monde dont on parlait volontiers et à quelques hommes mystérieux portant des titres étrangers et des vêtements anglais, que Morgan appelait « les Princes » et qui, assis sur des divans avec les jeunes filles, parlaient français très haut — encore que parfois avec un accent bizarre — comme pour montrer qu’ils ne disaient rien d’inconvenant.

Pemberton se demandait comment « les Princes » pourraient jamais faire une demande en mariage sur ce ton et d’une façon si publique, car il tenait cyniquement pour certain que c’était ce qu’on attendait d’eux. Puis il dut reconnaître que, même pour courir cette chance, Mrs Moreen ne permettrait jamais à ses filles de recevoir seules. Ces jeunes personnes n’étaient pas du tout timides, mais cette protection même leur donnait une candide liberté d’allures. C’était une maisonnée de Bohémiens qui auraient passionnément voulu être collet monté.

Sur un point cependant, ils ne se montraient aucunement sévères. Ils étaient avec Morgan merveilleusement aimables et tombaient toujours en extase devant lui. C’était une tendresse véritable, une admiration naïve, également forte en chacun d’eux. Ils louaient même sa beauté qui était médiocre et avaient presque peur de lui, comme s’ils eussent reconnu qu’il était fait d’une argile plus fine que le reste de la famille. Ils l’appelaient « petit ange, petit prodige » et ne faisaient allusion à son manque de santé qu’avec une vague expression de tristesse. Tout d’abord Pemberton craignit que ces extravagances ne lui fissent prendre l’enfant en grippe. Mais avant que cet événement eût pu se produire, il était devenu extravagant lui-même. Plus tard, lorsqu’il en fut presque arrivé à haïr les Moreen, leur gentillesse pour Morgan devint une prime donnée à sa patience. Ils marchaient sur la pointe des pieds, lorsqu’ils s’imaginaient deviner chez l’enfant des symptômes de maladie ; renonçaient même au jour de réception de