Page:James Henry - L Eleve.djvu/15

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entrevoyait pour la première fois et qu’il imaginait devoir jouer un rôle sans précédent dans ses rapports avec son petit compagnon, en raison du caractère très particulier de ces rapports.

Plus tard, lorsqu’il se trouva lui parler comme il est rare qu’on puisse parler à un enfant, sa pensée se reportait à ce moment d’embarras où à Nice, sur un banc, avait débuté entre eux une entente qui depuis avait grandi. Ce qui avait ajouté alors à sa gêne, c’est qu’il avait cru de son devoir de déclarer à Morgan qu’il pouvait lui dire, à lui Pemberton, toutes les sottises qu’il voudrait, mais qu’il ne devrait jamais se permettre d’en faire autant avec ses parents. Il fut facile à Morgan de répondre qu’il n’avait jamais songé à leur manquer de respect ; ce qui semblait vrai et mit Pemberton dans son tort.

— Alors pourquoi suis-je un farceur de dire qu’ils sont charmants ? — demanda le jeune homme qui se rendait compte d’une certaine témérité dans sa question.

— Mais… ce ne sont pas vos parents.

— Ils vous aiment plus que tout au monde, n’oubliez pas cela.

— C’est pour cela que vous les aimez tant ?

— Ils sont très bons pour moi, — répliqua Pemberton évasivement.

— Farceur, — dit Morgan en riant.

Passant son bras sous celui de son précepteur, il s’appuya sur lui, balançant ses longues jambes et regardant la mer au loin.

— Ne me donnez pas de coups de pied dans les tibias, — observa Pemberton.

Il se disait :

« Que diable, je ne peux pourtant pas me plaindre d’eux à l’enfant. »

— Il y a aussi une autre raison, — continua Morgan, arrêtant le mouvement de ses jambes.

— Une autre raison ? De quoi ?

— En dehors de ce qu’ils ne sont pas vos parents.

— Je ne comprends pas.

— Bon, vous comprendrez avant qu’il soit longtemps. Ça va bien.