Page:James Henry - L Eleve.djvu/21

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ami à un degré qui eût paru comique à quiconque aurait pu l’observer de retour dans la petite chambre qui abritait sa servitude. Celle-ci prenait jour sur une cour étroite et renfermée, où le mur d’en face, nu et sale, renvoyait des bruits aigus de bavardages et les reflets des fenêtres de derrière lorsqu’elles s’éclairaient. Il s’était tout simplement livré à une bande d’aventuriers. L’idée, le mot lui-même, lui inspiraient une sorte d’horreur romantique, à lui qui avait toujours vécu d’une façon si droite et si régulière. Plus tard il leur découvrit un sens plus intéressant et presque calmant. Il se dégageait une morale de son histoire et il était homme à goûter une morale. Les Moreen étaient des aventuriers, non seulement parce qu’ils ne payaient pas leurs dettes et vivaient aux dépens de la société, mais aussi parce que, semblables à d’intelligents animaux, aveugles aux couleurs, ils ne voyaient dans la vie à leur façon vague, confuse, instinctive, que matière à spéculations médiocres et rapaces. Oh ! certes, ils étaient « respectables », et cela ne les rendait que plus immondes. À force d’y réfléchir, le jeune homme simplifia leur psychologie. C’étaient des aventuriers parce que c’étaient des parasites et des snobs. En cela consistait toute leur psychologie, toute la loi de leur existence. Même au moment où cette vérité éclata aux yeux de leur hôte ingénu, celui-ci ne comprit pas à quel point son esprit avait été préparé à cette révélation par l’extraordinaire petit garçon qui avait tant compliqué sa vie. Bien moins pouvait-il s’attendre à tout ce qu’il devait apprendre encore de lui.


(À suivre.)

HENRY JAMES

(Traduit par l. wehrlé et m. lanoire.)