Page:James Henry - L Eleve.djvu/39

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Mais il devenait tous les jours plus clair qu’ils n’en avaient nulle intention. Ils continuaient à se « défiler » suivant l’expression de Morgan et au bout de quelque temps découvrirent des raisons variées pour aller à Venise. Ils en mentionnèrent un grand nombre — ils avaient toujours une franchise saisissante et conversaient de la façon la plus brillante et la plus affectueuse, tout particulièrement à déjeuner, avant que ces dames ne se fussent « fait » le visage, et alors que, les coudes sur la table, avec quelque chose pour suivre la demi-tasse et dans la chaleur d’une discussion familiale sur ce qu’il convenait de faire, ils se mettaient immanquablement à employer les langues dans lesquelles on peut se tutoyer. Pemberton lui-même les aimait à ce moment-là, au point de pouvoir supporter Ulick élevant sa petite voix insipide en faveur de « l’exquise cité des eaux ». C’était cela qui lui donnait une sorte de secrète tendresse pour eux, cette façon de rester tellement en dehors du prosaïsme de la vie et de l’en tenir lui aussi écarté. L’été était sur son déclin lorsque, avec des cris d’extase, ils s’avancèrent tous sur le balcon qui surplombait le Grand Canal. Les couchers de soleil étaient en cette saison splendides et les Dorrington étaient arrivés. Les Dorrington formaient la seule raison du voyage qu’ils eussent laissée dans l’ombre au déjeuner, mais les raisons dont ils ne parlaient pas au déjeuner finissaient toujours par se découvrir. De leur côté les Dorrington sortaient très peu ou quand ils sortaient restaient dehors pendant des heures — ce qui était bien naturel. Et pendant ce temps Mrs Moreen et ses filles allaient les demander à leur hôtel jusqu’à trois fois. La gondole était réservée pour ces dames, car à Venise aussi il y avait des « jours » que Mrs Moreen connaissait dans leur ordre une heure après son arrivée. Elle-même en prit un immédiatement, auquel les Dorrington ne vinrent jamais, encore que Pemberton et son élève, se trouvant une fois à Saint-Marc (où ils passaient une grande partie de leur temps, occupés qu’ils étaient à faire les plus belles promenades de leur vie et à visiter des multitudes d’églises), aient vu arriver le vieux Lord avec Mr Moreen et Ulick qui lui montraient la sombre basilique comme si elle leur eût appartenu. Pemberton remarqua combien, au milieu de ces curiosités, Lord Dorring-