Page:James Henry - L Eleve.djvu/45

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dangereux à adopter au moment de leur séparation fût un ton de plaisanterie bruyante encore qu’un peu tendue.

Ce ne fut pas néanmoins tout à fait celui de Morgan lorsqu’il demanda :

— Dites-donc, comment allez-vous vous rendre à votre magnifique situation ? Il faudra que vous télégraphiiez au jeune homme fortuné de vous envoyer de l’argent.

Pemberton réfléchit :

— Ça choquera ces gens-là, hein ?

— Oh pour sûr !

Mais le jeune homme proposa un remède à la situation :

— Je vais aller trouver le consul d’Amérique. Je lui emprunterai de l’argent, pour quelques jours seulement, en lui montrant ma dépêche.

Morgan se mit à rire :

— Montrez-lui la dépêche, prenez l’argent et restez !

Pemberton entra suffisamment dans la plaisanterie pour dire qu’il était bien capable de faire cela pour Morgan. Mais l’enfant, devenu sérieux et désirant montrer qu’il ne pensait pas ce qu’il venait de dire, non seulement le fit se dépêcher — puisqu’il devait partir le soir même comme il l’avait télégraphié à son ami — mais encore l’accompagna pour plus de sûreté. Ils pataugèrent dans ces obscures perforations que sont les rues vénitiennes, traversèrent les ponts en dos d’âne et la Piazza où ils aperçurent Mr Moreen et Ulick entrant chez un bijoutier. Le consul se montra arrangeant. Pemberton dit que ce n’était pas à cause de la dépêche mais des grands airs de Morgan et, en revenant, les deux amis allèrent passer à Saint-Marc dix minutes de recueillement. Puis ils prirent leur séparation avec une gaîté qui ne se démentit pas jusqu’à la fin. Et il parut à Pemberton que l’attitude de Mrs Moreen n’était pas pour diminuer cette gaîté. Car, dans son irritation en apprenant la résolution du précepteur, elle fit une allusion vulgaire et comique à l’argent qu’elle avait vainement essayé de lui emprunter, et lui reprocha de filer dans la crainte de se laisser soutirer quelque chose. D’un autre côté, il est vrai, il dut rendre à Mr Moreen et Ulick la justice de reconnaître que, lorsqu’ils apprirent en rentrant la fâcheuse nouvelle, ils se comportèrent en parfaits hommes du monde.