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VIII


Quand Pemberton se mit au travail avec l’opulent jeune homme qu’il lui fallait préparer pour Balliol Collège, il se trouva incapable de dire si cet aspirant aux grades universitaires était en réalité fort médiocre ou s’il ne lui apparaissait ainsi que parce qu’il venait de demeurer longtemps en la compagnie d’un petit homme dont l’esprit vivait d’une façon si intense. Il reçut une demi-douzaine de lettres de Morgan. Elles étaient jeunes et charmantes, écrites dans un pot-pourri de langues, avec de longs post-scriptum où il employait le volapuk familial et de cocasses illustrations logées dans des petits carrés, des petits ronds et dans les coins libres que laissait le texte. Il était partagé entre le désir de les montrer à son nouvel élève pour le stimuler — tentative d’avance inutile et vaine — et le sentiment qu’il y avait en elles quelque chose qui serait profané s’il le rendait public. Le jeune homme opulent se présenta à l’époque voulue et échoua. Mais ses parents, semblant par là justifier leurs prévisions qu’il ne fallait pas s’attendre à ce qu’il devînt tout de suite brillant, excusèrent cet échec, affectèrent avec bonté de ne pas en faire grand cas comme si ce fût Pemberton lui-même qui eût été refusé, sonnèrent le ralliement et demandèrent au jeune professeur d’assiéger de nouveau la place.

Il se trouvait en ce moment en situation de prêter trois louis à Mrs Moreen et lui envoya par mandat une somme plus importante encore. Comme réponse à cette attention il reçut une ligne effroyablement griffonnée : « Je vous supplie de revenir tout de suite. Morgan est extrêmement malade. » Ils avaient rebondi et se trouvaient une fois de plus à Paris — quelque bas qu’ils eussent été, Pemberton ne les avait jamais vus anéantis — et les moyens de communication entre eux et lui étaient par conséquent rapides. Il écrivit à l’enfant pour être fixé sur sa santé, mais attendit en vain sa réponse. Aussi, au bout de trois jours, prenant brusquement congé de l’opulent jeune homme, traversa-t-il la Manche pour arriver au petit hôtel du quartier des Champs-Elysées dont Mrs Moreen lui avait donné l’adresse. Un mécontentement profond,