Page:Jammes - Le Deuil des primevères, 1920.djvu/78

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Mais quand on approcha des heureuses Antilles
la voix sourde se tut et tu éclatas de rire
en voyant, anxieuses, attendant sur le môle,
ainsi que des mouettes, les cousines créoles,

Oh ! Que je le revois, ce jour d’une autre vie.
Mon Dieu, y étais-je, dites, je vous en prie ?
Oui, je revois l’aïeul des cousines suivi,
montant la grand’rue de Saint-Pierre-de-Martinique.
Vent, tu avais soufflé dans les corolles vives
des tabacs, et soulevais les douces mousselines
qui étaient les calices légers des cousines.

C’est pour ça, vent qui souffles, que tu es mon ami.
Je sais ce que tu sais. Je t’aime comme un frère.
Je souhaite ton bonheur d’errer dans les ormeaux.
Je sais que tes milliers de cœurs sont les oiseaux.
Je sais que je comprends le sens de tes paroles.
Je sais que les baisers des cousines créoles
sont passés avec toi aux roses du jardin,
parmi la rosée rose et bleue de ce matin.


Avril 1899.