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les mémoires

d’un jour. Quatre empereurs en dix mois ! et je n’eus même pas le temps de les flatter. Ainsi j’ai vécu sous Néron, le plus méchant des hommes, à qui Rome doit ses plus beaux thermes, et je n’ai pas flatté Néron ! Mais quand Domitien fut le maître j’étais plus pauvre que jamais : ma dernière toge était usée, ma dernière sportule était dévorée, mon crédit était épuisé, je ne pouvais plus entrer même chez le barbier qui m’écorchait chaque matin au lieu de me faire la barbe ; pas un ami, pas de foyer domestique, pas un esclave pour me servir, rien d’un homme libre ; j’étais le plus pauvre des poëtes qui se traînaient le matin et le soir dans l’antichambre des grands. Ce fut alors que je m’adressai à l’empereur Domitien : il fallait vivre. Tant pis pour les grands de Rome, qui ont poussé leur poëte à cette triste extrémité ! Dans cette Italie ainsi faite il n’y avait pas un morceau de terre, pas un toit, pas un arbre, pas une robe pour le poëte. Quelle misère ! être aimé de la foule, être