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étienne béquet.

il n’en voulait pas pour lui-même ; il fuyait l’éclat, le bruit, le grand jour ; pour signer une page qu’il avait écrite il lui en coûtait plus même que pour l’écrire. Il disait souvent qu’il ne comprenait pas que les hommes eussent cette rage de tant lire et de tant écrire, surtout quand on avait devant soi le 17e et le 18e siècles ; il prétendait que Gil Blas et Don Quichotte devaient suffire aux plus intrépides lecteurs de romans, Molière et Corneille aux plus hardis amateurs de théâtre, Racine à ceux qui ont besoin de poésie, Voltaire à quiconque vit par l’esprit et par le doute. Aussi la plupart du temps écrivait-il sans plaisir, jamais sans conscience. Pour remplir tout à fait sa tâche la passion lui manquait ; il remettait toujours à demain les affaires frivoles, car il ne voyait pas tout ce qu’il y a de sérieux même parmi les frivolités de la presse. Ainsi a-t-il écrit pendant quinze ans, ne demandant jamais qu’un prétexte pour ne pas écrire. Et si vous saviez, hélas ! comment il le trou-