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l’aveugle.

— Pourquoi, me dit-il, ne m’as-tu pas fait encore ta question : As-tu des yeux ?

— J’attendais, lui dis-je, que tu m’eusses regardé et dit bonjour.

— Bonjour, me dit-il. Mais, je t’en prie, demande-moi : As-tu des yeux ?

Moi, sans me déconcerter, je lui dis :

— As-tu des yeux, Jules ?

Il me répondit :

— Je ne sais pas si j’ai des yeux.

Et en effet il était devenu presque aveugle. Une seule nuit avait obscurci cet œil vif et perçant ; un épais nuage s’était étendu sur ce regard qui embrassait tant d’espace. Soit que ce regard peu exercé ait perdu tout à coup sa vigueur, soit que mon maudit : As-tu des yeux ? ait porté malheur au pauvre Jules, c’était à peine s’il y voyait assez pour lire un livre de messe, en gros caractères, à l’usage de notre bonne vieille tante de quatre-vingt-dix ans.

— Diable ! lui dis-je, la question prend une