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LE VOYAGE BLANC

aperçut le petit visage pâle qui le guettait, et les yeux trop grands, qui s’emplissaient d’inquiétude. Il demanda :

— Quel âge as-tu, Annette ?

— Douze ans et demi, papa.

— C’est trop jeune ! Mais il se ressaisit bientôt.

— Tu es plus vieille que ton âge, petite, comme ta mère… Écoute-moi donc, je vais te dire des choses que je n’ai jamais confiées à personne au monde, tu jugeras mieux ensuite. Tu sais que ta tante Annie n’avait pas de frères et seulement une sœur : c’était une fière belle fille que ta tante Annie, mais je lui préférais cent fois la bonne petite âme tendre de Marie. Quand je commençai à la fréquenter sérieusement, elle relevait d’une grosse maladie, qui l’avait laissée blanche et mince comme une sainte d’image. Je venais toujours le soir et nous passions la soirée en famille. Ta tante me faisait force politesses : c’était toujours elle qui m’ouvrait la porte, avec une exclamation de joie. Elle ne me quittait pas