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ROBERTE

être la vérité : rien ne lui réussissait. Elle recevait avec une résignation fataliste les contrariétés et les désappointements, en disant seulement avec un petit soupir : « J’ai si peu de chance, aussi ! » Quand l’âge était venu, elle avait eu des amoureux. Deux, trois plutôt, l’avaient fréquentée assidûment, puis, à tour de rôle, et sous des prétextes spécieux, s’étaient retirés. Des petites amies avaient bien ri, d’autres avaient simplement souri, en haussant les épaules ; Roberte, elle, avait souffert beaucoup. — « Un beau rêve d’envolé, grand’mère ! Grand’mère, pourquoi est-il parti ? J’avais pourtant essayé d’être bien aimable : je ne le contredisais jamais, et je n’avais pas de caprices, comme tant d’autres. Vous savez, grand’mère, que je n’ai jamais de caprices ? »

Enfin, René Laferté était venu, et cette fois, c’avait été le grand amour, le vrai. Elle ne regretta plus rien, et des gros chagrins passés, il ne resta plus qu’une grande tristesse avec un froissement d’amour-propre. Il faisait clair, maintenant, dans l’âme de la jeune fille, et les espoirs y poussaient irrésistiblement. — « S’il fallait que je le perde, celui-là ! »… disait-elle quel-