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ROBERTE

pour montrer qu’elle comprenait. Deux larmes vinrent au bord de ses yeux, et son regard se chargea d’une infinie compassion pour l’enfant.

Ce fut un long voyage, de ceux dont on ne revient pas. Un jour, Roberte apprit le prochain mariage d’Alice avec René Laferté, et elle en fit part à sa grand’mère, consciencieusement. Ce fut la première et aussi la dernière fois qu’elle prononça le nom de l’infidèle, depuis le soir douloureux. Grand’mère avait eu gros cœur de cette nouvelle trahison. — « Quelle pitié, songeait-elle ! Une si belle et bonne fille ! Maintenant, c’est bien fini… C’est son père qui lui vaut tout ce malheur. » Cependant, elle crut bien faire en lui disant quelquefois : « Tu t’enfermes trop, ma fillette. Il faudrait sortir, prendre des distractions… Tu es trop jeune pour être aussi sage. La vie a des surprises que tu ne soupçonnes pas. N’aurais-tu pas envie de les connaître ? » La jeune fille répondait alors par un sourire tout petit, mais si sérieux, si troublant, que bientôt la pauvre femme en prit peur et n’osa plus le provoquer.

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