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CONTES D’HIER

— Bien chaud, avec de la muscade dedans ? C’est que cela te ferait peut-être dormir ?…

— Non, merci, tante. Je crois, d’ailleurs, que je m’en vais maintenant réussir à dormir. Je viens de marcher pendant plus d’un quart d’heure dans ma chambre, à seule fin de me fatiguer. Ce que je désirais, c’était une tasse de thé, chaud et pas sucré…

— Mais tu as bien beau, pauvre chérie !!

Et la petite femme maigre qui tout en parlant, n’avait cessé de fourrager dans la pâte, au milieu des casseroles et de la vaisselle éparse, se tourna vivement vers la jeune bonne embauchée pour ce temps des Fêtes :

— Béatrice, verse une tasse de thé à mademoiselle.

Mais la jeune fille protesta qu’elle allait se servir seule. Et de fait, s’approchant du pas feutré de ses pantoufles, elle prit une tasse, et ayant repoussé sous ses bras les pointes de son châle blanc, elle la remplit du liquide doré qui fumait. Elle but lentement, à petites gorgées, sans un mot et le visage toujours dolent, comme si elle s’abîmait