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CONTES D’HIER

allait rejoindre ses parents : « Cet homme fier et violent m’aime avec passion, se dit-elle. Maintenant, je suis sûre de lui ». Pour cette cadette toujours traitée en petite, c’était grisant que de se reconnaître une telle emprise sur cet homme. « Il m’aime, se répétait-elle, éblouie. En ce moment, je suis le monde entier pour lui ! » Mais cette joie orgueilleuse finit par se troubler un peu : « S’il ne revenait pas, demain ? »

Il revint, impatient de recouvrer ses bonnes grâces, et elle fut tout près de lui tendre ses deux mains en lui disant : « J’ai confiance maintenant ! » Mais un second sentiment fit qu’elle resta muette et ne dit même pas bonsoir. — « Attendons à demain, pensa-t-elle. Je veux être sûre de lui ». Le lendemain, elle se dit : « Un jour encore et ce sera fini. J’ai le droit de prolonger l’épreuve ». Ce septième soir, pouvant à peine en croire ses yeux, elle l’aperçut encore qui venait à elle humble et suppliant. Étouffant un éclat de rire, elle tourna sur ses talons et lui ferma la porte au nez. « — Comme il m’aime, se dit-elle ! Mais j’ai peut-être eu tort de rire ? S’il allait se choquer ! Demain, cette fois je ne badine pas, demain ce sera fini ! »