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LE SECRET DE JEANNINE

Challau se prépara à faire les beignes, et les idées noires s’enfuirent comme des oiseaux qui ont peur.

Il est très tard dans la nuit, car le premier coup de la messe vient de sonner ; madame Challau qui s’en doutait, s’en est assurée, en entr’ouvrant la porte.

— Il serait peut-être l’heure d’éveiller la petite, souffle-t-elle.

— Oui, allez-y donc madame Challau, et si elle a trop sommeil, laissez-la ; si je vous disais que je me sens le cœur serré comme à la veille d’un malheur !…

L’enfant parut bientôt, les paupières battantes un peu, les traits figés, et si pâle sous la clarté blanche du gaz, que la bonne madame Challau courut lui chercher deux doigts de vin rouge dans un verre. Ayant bu, la petite dit que ça chauffait et qu’elle était mieux. Alors, tout en lui faisant mille recommandations à mi-voix, crainte d’éveiller Loulou, on plaça un ruban dans ses cheveux blonds, on lui mit sa jolie robe bleue, sa plus chaude, ses guêtres, son long manteau blanc, avec le bonnet fourré aux attaches de soie, et au