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CONTES D’HIER

moment de sortir, madame Challau l’enveloppa encore d’un moelleux cache-nez tout blanc, qui lui couvrait le front, la bouche, le cou où il se nouait, ne laissant en tout, qu’une petite fente pour les grands yeux.

Jeannine trouva que c’était merveilleux dehors, la nuit de Noël. Elle n’avait pas froid, plutôt trop chaud, pas frayeur non plus, car il faisait doucement clair, et maman était là ! Des ombres noires se mouvaient tout le long de la rue blanche, et des maisons à façades illuminées, des groupes sortaient qui se mêlaient à elles, se dirigeant tous du même côté, et sous tant de pieds qui l’écrasaient, la neige dure chantait comme les grillons, l’été. Des voitures passaient très vite, avec leurs grelots sonnants. Les tramways grondaient au bas de la rue. L’air était froid, très pur. Pas un nuage au ciel, rien que l’azur sombre que recouvrait la fine dentelle des étoiles. Et Jeannine qui contemplait ces milliers de points d’or, tremblants, se dit : « Ce qu’il doit faire clair chez le bon Dieu ! On voit que les anges ont allumé dans tous les petits coins ! » Et rêveuse, elle ajouta que le ciel doit être terriblement vieux, pour avoir une