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LE SECRET DE JEANNINE

— Mignonne, demanda-t-elle, que racontais-tu donc au petit Jésus quand maman est revenue de communier, tu sais bien ? La petite ne se troubla nullement, mais elle dit avec son fin sourire aimable, en soulevant les sourcils :

— Ah ! ça, je peux pas le dire, c’est un secret. On n’insista pas.

Des jours et des jours passèrent, Jeannine se portait à merveille, jamais elle n’avait été aussi gaie, aussi forte. Mais vers la dernière semaine de janvier, elle prit subitement des allures étranges : elle ne se levait pas le matin, et tout éveillée, demeurait au lit. — « Pour se reposer, disait-elle ». À table elle n’avait pas faim, devenait plus douce, plus obéissante. Quand Loulou l’invitait à jouer elle disait toujours : « Oui ! » mais se lassait vite, et se jetait sur une chaise, accablée et toute pâle. Une après-midi, leur mère les surprit tous deux, Loulou et sa sœur, assis sur le canapé. Jeannine tenait l’enfant par le cou, et lui parlait avec animation ; le bon petit écoutait de toute son âme, les yeux ronds, le bouche ouverte. La maman fit quelques pas de leur côté, elle entendit : « Et le ’tit Jésus a dit… » — « C’est son