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CONTES D’HIER

fitent pour s’accouder un moment à la balustrade et contempler la moitié de la petite ville, ainsi étalée à leurs pieds ; spectacle qui n’est pas à dédaigner, surtout l’été, quand les arbres ont toutes leurs feuilles, et que les maisons cachent leurs fronts paisibles sous ces frondaisons envahissantes.

L’élève Claire Guilbault demanda et obtint la permission d’aller passer la récréation du midi à la chapelle, afin d’y réciter un chapelet qu’elle avait promis aux Âmes. On était à la fin de mai : une sereine journée de soleil et de ciel bleu. Cependant, l’atmosphère de la chapelle s’était conservée fraîche ; les jalousies fermées ne laissaient filtrer qu’un demi-jour sans éclat, et sur l’autel, deux gros bouquets de lilas embaumaient. La jeune fille s’agenouilla et commença sa prière ; elle allait la terminer, quand tout à coup, elle se rendit compte que, peu à peu, une griserie l’envahissait. Elle leva sa tête inclinée, et voyant les lilas, sourit. — « Les fleurs que j’aime » ! murmura-t-elle, et plus attentive, avec volupté, elle aspira le parfum capiteux, délicat, exquis. Désirant peu retourner en récréation, elle s’assit, et les mains jointes, elle regarda autour d’elle les sta-