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CONTES D’HIER

tenant, elle en a pour dix ans à vivre, voilà ce que je dis, moi ! » La conversation continua ainsi quelques minutes, et puis, comme il faisait plus brun, je voulus retourner dans la chambre. Quelle ne fut pas ma surprise en voyant d’abord les chers yeux de maman, grands ouverts qui me souriaient. Je me précipitai près du lit. Elle s’informa d’abord de l’heure qu’il était, de tante Julie, ensuite elle voulut m’entendre raconter toute ma journée. Ce que je fis. — « Ah ! ton petit ami est venu, fit-elle, songeuse ? J’ai idée qu’un beau jour il va me demander ma petite fille pour l’emporter avec lui. — Non, maman, répliquai-je vivement, en sentant par tout le corps une moiteur soudaine, comme lorsqu’on va se pâmer de faiblesse. Tant que vous vivrez je suis entièrement à vous, ma maman, et mon ami le sait. — Vrai, s’écria-t-elle, tu lui as dit cela ? Eh bien ! montre ton visage que je sache.

Je l’avançai sans crainte. — Comme tu me fais plaisir, fit-elle en serrant de toute sa force de malade, ma main qu’elle tenait dans les siennes. Je ne te l’aurais jamais dit, mais si tu avais dû m’abandonner, je serais morte, oui, morte, peut-