Page:Jaurès - Histoire socialiste, IV.djvu/906

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infamie, elle constiste à nourrir moins d’enfants, naturels ou adoptifs, qu’on n’a de mille livres de revenus.

« …Il faut détruire la mendicité par la distribution des biens nationaux aux pauvres.

« …Le domaine et les revenus publics se composent des impôts, des successions attribuées à la République et des biens nationaux. Il n’existera d’autre impôt que l’obligation civile de chaque citoyen, âgé de vingt-un ans, de remettre à un officier public, tous les ans le dixième de son revenu et le quinzième du produit de son industrie… Le domaine public est établi pour réparer l’infortune des membres du corps social. Le domaine public est également établi pour soulager le peuple du poids des tributs dans les temps difficiles.

« La vertu, les bienfaits et le malheur donnent des droits à une indemnité sur le domaine public. Celui-là seul y peut prétendre qui s’est rendu recommandable à la patrie par son désintéressement, son courage, son humanité. La République indemnise les soldats mutilés, les vieillards qui ont porté les armes dans leur enfance, ceux qui ont nourri leur père et leur mère, ceux qui ont adopté des enfants, ceux qui ont plus de quatre enfants du même lit, les époux vieux qui ne sont pas séparés, les orphelins, les enfants abandonnés, les grands hommes, ceux qui se sont sacrifiés pour l’amitié, ceux qui ont perdu des troupeaux, ceux qui ont été incendiés, ceux dont les biens ont été détruits par la guerre, par les orages, par les intempéries des saisons.

« Le domaine public solde l’éducation des enfants, fait des avances aux jeunes époux, et s’afferme à ceux qui n’ont point de terres. »

Ces idées, Saint-Just les portait certainement dans son esprit dès février 1794 ; en son rapport il n’entre dans aucun détail, mais il fait entrevoir toute une évolution d’égalité sociale dans l’avenir, et, dès maintenant, il proclame que si on laisse en contradiction l’état politique, fondé sur l’idée de démocratie, et ce qu’il appelle l’état civil, c’est-à-dire l’état économique et social, la Révolution périra. Dès maintenant, il proclame que de vastes expropriations révolutionnaires appliquées non plus seulement à la propriété féodale, mais à toute propriété détenue par un ennemi de la Révolution, sont le complément logique du mouvement et la condition du succès. C’est un terrorisme nuancé de socialisme :

« Je vous ai dit qu’à la destruction de l’aristocratie le système de la République était lié.

« En effet, la force des choses nous conduit peut-être à des résultats auxquels nous n’avons point pensé. L’opulence est dans les mains d’un assez grand nombre d’ennemis de la Révolution ; les besoins mettront le peuple qui travaille dans la dépendance de ses ennemis. Concevez-vous qu’un empire puisse exister si les rapports civils aboutissent à ceux qui sont contraires à la forme du gouvernement ? Ceux qui font des révolutions à moitié n’ont