Page:Jaurès - Histoire socialiste, XII.djvu/114

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République ; elle apparaissait comme une menace pour la France elle-même avide de tranquillité intérieure et extérieure. Dans les grandes villes eurent lieu de significatives manifestations ; à Paris elles furent menaçantes. Cependant l’ordre ne fut pas énormément troublé ; une coalition républicaine se forma pour résister aux entreprises monarchistes, cléricales et bonapartistes dont la série de conspirations, d’efforts, d’actes d’audace, allaient misérablement aboutir à la reconnaissance officielle de la République comme forme définitive du gouvernement !


CHAPITRE XVIII
Émotion causée par la chute de M. Thiers. — Conservateurs-monarchistes et conservateurs-républicains. — Le maréchal de Mac-Mahon et le parti militaire. — Sa première proclamation. — Son premier ministère. — Le parti clérical.


La chute de M. Thiers a un grand retentissement ; elle provoque une vive émotion en France et dans le monde entier. Cette émotion n’a pas partout et parmi tous le même caractère. Lentement, méthodiquement, sournoisement préparée par les monarchistes et les bonapartistes coalisés, la situation nouvelle les surprend toutefois et, on peut l’affirmer, elle les désempare. Ils considéraient M. Thiers, depuis quelques mois surtout, comme le plus sérieux obstacle à leurs projets de restauration ; sa disparition leur laisse le champ libre et, dès les premiers pas, ils ne sauront s’y mouvoir, y manœuvrer. Désormais, si toute leur haine contre la République peut se donner large carrière, puisque le gouvernement tout entier passe dans leurs mains, leur impuissance va s’épanouir… jusqu’au ridicule. C’est eux qui, de faute en faute, vont devenir les bien involontaires artisans de la fondation officielle de la République.

Dans le pays, les partis de droite perdent chaque jour du terrain, malgré tous les efforts, les menaces des agents et fonctionnaires, de leurs journaux, de leurs propagandistes ; seuls, leurs plus fermes soutiens, clergé séculier et congrégations, conservent une influence qui, peu à peu, va s’effriter. Sauf en quelques coins fanatisés où les traditions et l’ignorance étendent encore leur tache séculaire, leurs partisans commencent à se laisser aller à une indifférence préliminaire de leur ralliement au parti républicain. Dans ce parti républicain,