Page:Jaurès - Histoire socialiste, XII.djvu/64

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déposé une proposition tendant à la levée de l’état de siège dans ces deux départements. M. Rouvier avait prononcé un discours haché par les interruptions, alors surtout qu’évoquant l’exécution de Gaston Crémieux toute récente, déclarant que cette victime du peloton d’exécution n’avait que des sympathies à Marseille, où l’ordre n’avait pas été cependant troublé par sa mort si tragique, il avait dit : « Vous avez lancé à Marseille un défi sanglant ! » Les clameurs s’étaient élevées furieuses, et le président avait du infliger à l’orateur un rappel à l’ordre. Le lendemain, la discussion se poursuivant, la tempête était devenue un véritable cyclone, un député de l’extrême-gauche, M. Ordinaire, avait, d’une voix stridente, qualifié la Commission des grâces de « Commission d’assassins ! » Cette interruption, si motivée par les quatre exécutions du 28 et du 30, valut à son auteur une admonestation sévère du président Grévy, le vote de la censure… mais l’approbation de nombreux citoyens.

L’Assemblée, du reste, repoussa la proposition… Ses terreurs ne s’étaient pas encore évanouies !

Un des incidents qui marquèrent les dernières séances de l’année 1871 fut celui créé par le duc d’Aumale et le prince de Joinville, élus dans l’Oise et la Haute-Marne. Leur élection n’avait pas été validée ; elle ne pouvait l’être qu’après l’abrogation des lois d’exil qui n’avait été votée que contre l’engagement pris par les princes de ne pas siéger dans l’Assemblée. Malgré un débat sur cette simple question de parole jurée, d’honneur, qui les laissa libres d’agir suivant les inspirations de leur conscience, le duc d’Aumale et le prince de Joinville occupèrent leurs sièges. Pouvaient-ils tenir compte de leurs engagements, quand leurs intérêts matériels allaient être en jeu et qu’ils allaient réclamer à la France un nombre respectable de millions, comme si les milliards réclamés par l’envahisseur ne pesaient pas assez lourdement sur les contribuables ?


CHAPITRE XI
Exigences de M. de Bismarck. — L’Impôt sur le revenu. — Protectionnisme et Libre-échange. — Démission de M. Thiers. — Avortement de la fusion. — Le comte de Chambord à Anvers. — La propagande bonapartiste.


La fin de l’année 1871 avait été marquée par des négociations avec l’Allemagne, négociations rendues parfois fort laborieuses, fort pénibles par les exigences du prince de Bismarck. L’ambassadeur prussien à Paris, M d’Arnim, de son côté, ne se contentait pas d’accumuler les difficultés : esprit brouillon,