Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/100

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Du Paty, « de lui indiquer le nom d’un expert patenté en écriture ». Mais il ne dit pas pour quel objet. Guérin désigne Gobert, expert à la Banque de France[1].

Le lendemain, 10, Mercier avise le Président de la République ; il lui dit qu’une lettre a été saisie à l’ambassade d’Allemagne, que cette lettre émane d’un officier de l’État-Major de l’armée, que la trahison paraît démontrée. « L’officier soupçonné n’était pas aimé, d’un esprit chercheur et trop inquisitorial. » Au surplus, les documents, qui avaient été livrés, étaient « sans grande importance ». Il suffirait pour réparer le mal, « de prendre quelques mesures au ministère de la guerre[2] ».

  1. Ce premier incident est relaté par Hanotaux dans la note qu’il rédigea, le 7 décembre 1894, sur l’affaire Dreyfus, qu’il confia à M. Nisard pour « la mettre dans l’armoire de la direction diplomatique » et dont il a donné lecture à Rennes, le 14 août 1899. Le récit d’Hanotaux, contemporain des événements, est, par cela même, préférable aux versions ultérieures des intéressés. À la fin de sa note, Hanotaux mentionne « qu’il raconta les faits, au fur et à mesure, à Nisard, directeur des Affaires politiques ». — Gobert confirme (Rennes, II, 294) qu’il a été désigné à Mercier par le garde des Sceaux ; la carte du ministre était jointe à l’avis qui l’invitait, le surlendemain, à se rendre immédiatement au ministère de la guerre. Guérin, dans ses deux dépositions, devant la Cour de cassation et à Rennes, passe l’incident sous silence ; il confessa, d’ailleurs, lui-même, l’incertitude de ses souvenirs. De même Dupuy, dans sa déposition du 26 décembre 1898 (Cass., I, 657). Mercier fixe la désignation de Gobert par Guérin au « petit conseil » du 11 octobre (Rennes, I, 88).
  2. Casimir-Perier affirme « l’exactitude absolue de sa mémoire », notamment sur la déclaration de Mercier que les documents communiqués étaient sans grande importance, déclaration faite « spontanément ou sur interrogation ». (Cass., I, 328 ; Rennes, I, 61.) Mercier nie « avoir dit cela au Président de la République ». (Rennes, I, 61, 150.) Il prétend qu’il lui porta le bordereau et les pièces de comparaison, que le Président fut « frappé extrêmement de leur similitude », et qu’il approuva sa procédure (I, 87). Casimir-Perier prenait des notes au jour le jour ; sa déposition en est la reproduction parlée.