Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/112

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XVIII

Dreyfus ne venait plus aux bureaux de l’État-Major depuis le 1er octobre, c’est-à-dire depuis qu’il faisait, en vertu de la circulaire du 17 mai 1894, son stage dans un corps de troupe.

Cette question : « Comment mettre la main sur Dreyfus ? » agitait Du Paty.

Elle était fort simple ; car, si l’on avait la certitude de la trahison de Dreyfus, il n’y avait qu’à le faire appréhender par quelques agents à son domicile ; il faisait son stage à Paris.

Mais comme on n’avait ni certitude ni preuve d’aucune sorte, Du Paty inventa un scénario qui, le jour où il serait révélé au public, grand lecteur de romans-feuilletons, et aux juges militaires, produirait sur les esprits, en les amusant, une vive impression.

Calcul habile et qui, en effet, pendant longtemps, se vérifia.

Dreyfus serait invité à venir, le lundi 15 octobre, à l’État-Major, sous prétexte d’une inspection générale. Il lui serait prescrit de s’y rendre en vêtements civils. Alors, Du Paty trouverait quelque autre prétexte de lui dicter une lettre, où figureraient les principaux mots du bordereau. S’il se troublait, si sa main tremblait, ce serait une preuve de sa culpabilité. S’il ne tremblait pas, si son écriture restait ferme, on lui reprocherait d’avoir dissimulé. Des témoins complaisants, Henry, seraient apostés dans l’ombre. Une glace leur renverrait la physionomie de l’officier attiré au piège. Et même, qui sait ? la dictée, peut-être, révélerait l’identité d’écriture qu’on