Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/237

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Pourquoi n’entend-on aujourd’hui que des cris de haine ? Quelque chose serait-il changé dans l’âme française ?

D’autres altérations vont y apparaître, chaque jour, tout le long de cette tragédie qui clôture le siècle. Voltaire ne reconnaîtra plus les siens, ni Vincent de Paul.

Un phénomène, si grave, ne saurait avoir une seule cause. Il en a plusieurs qui vont se dévoiler d’elles-mêmes, à travers les événements, aux yeux du spectateur. La principale, celle qu’il convient de nommer ici, sans plus attendre, c’est le jésuitisme.

Depuis cinquante ans, il s’identifie de plus en plus avec le catholicisme. Depuis que les générations, qui lui ont été livrées par la loi Falloux, sont arrivées à la vie publique, il a passé de l’Église, sinon encore dans l’État, du moins dans le tempérament des classes dirigeantes. Depuis dix ans, par le livre et par la presse, il pénètre dans le peuple, qui, jusque-là, avait échappé à la contagion.

Du jour où il est né sur la colline de Montmartre, le jésuitisme a voulu régner sur la France. Vingt fois, sous la monarchie déjà, il a cru la saisir. Chaque fois, au contact de la mortelle étreinte, elle s’est révoltée, échappant d’un grand bond. Elle n’a eu, pour reconnaître le danger, qu’à regarder autour d’elle. Sitôt que le jésuite a pris un peuple, ce peuple en est mort : Espagne, Pologne, Portugal, Paraguay. Son triomphe, son progrès même, c’est partout le signal d’une double décadence, physique et morale, appauvrissement et diminution de la race, affaiblissement de la moralité et du cerveau.

C’est un fait. Les preuves sont là : ces ruines, ces tombeaux.