Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/357

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moins que des civils sont mêlés à l’affaire, sans être encore impliqués dans les poursuites[1].

C’était, dans tout son cynisme, l’arrêt avant l’audience, le jugement avant la réunion des juges, le marché mis à la main du conseil de guerre, la condamnation dictée, imposée par ordre.

Le rédacteur du journal mettait encore un autre discours dans la bouche d’un haut fonctionnaire du ministère de la Guerre : « Nul, plus que le général Boulanger et le général Mercier, ne fut l’impitoyable adversaire des espions. Eux seuls ont aperçu les dangers de cet espionnage permanent, qui s’exerce librement dans Paris. » Il racontait cette anecdote d’un sénateur influent qui avait recommandé un espion à Boulanger. « Le sénateur a siégé dans le procès de la Haute Cour ; il a voté toutes les extraordinaires conclusions de ce tribunal encore plus extraordinaire. »

II

Je n’avais jamais vu le capitaine Dreyfus, je ne connaissais alors aucun membre de sa famille ; j’ai vu, pour la première fois, Mme Dreyfus en janvier 1897, et Mathieu Dreyfus au mois d’octobre de cette même année. Mais, dès le premier jour, j’avais eu l’intuition que l’accusé était innocent. Un premier indice avait été cette fureur, qu’on sentait voulue, des journaux de la Congrégation, indifférents devant d’autres trahisons : il y avait là, certainement, quelque nouveau crime de l’antisémitisme,

  1. Figaro du 28 novembre.