Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/365

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qu’une seule fois le général Mercier à part, et lui parler à fond de cette affaire »[1].

Inviter Mercier à produire son dossier, à mettre Hanotaux en mesure de répondre à Munster, autrement que par des équivoques ou des platitudes, briser l’arrogant s’il s’y refusait, cela dépassait le courage de Dupuy et de ses principaux collègues. Ils avaient moins peur de Mercier que de l’opinion déchaînée par lui. Mercier, en s’en allant, les livrait à la populace comme les complices du traître, les valets de l’Allemagne, payés par les juifs. C’était l’aventure de Boulanger qui recommençait. Leurs anciens, Ferry et Rouvier, ou Tirard, avaient eu une autre conception du devoir républicain. Dupuy geignait. Encore quelques jours, et Hanotaux tombera malade.

La Libre Parole poursuivi son offensive[2]. La pièce mystérieuse n’a pas été supprimée par ordre de l’Allemagne ; elle a seulement disparu. Mais il importe peu. Il en existe, entre les mains de Mercier, une photographie.

C’était menacer Mercier, s’il reculait, de publier cette photographie[3].

Un autre journal[4] ayant raconté, le lendemain, qu’Hanotaux avait remis au comte de Munster les deux pièces principales qui établissaient la culpabilité de Dreyfus, la Libre Parole reproduit l’article, et ajoute :

  1. Rennes, I, 220, Hanotaux.
  2. 8 décembre.
  3. Est-ce la même pièce Canaille de D…, dont Esterhazy jouera, en 1897, comme d’un « document libérateur », menaçant Félix Faure et Billot d’en publier la photographie ? Même pièce, même chantage. Est-ce la prétendue note de l’Empereur allemand au comte de Munster, le bordereau annoté, dont il sera question plus loin ?
  4. La France.