Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/367

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triote ». Mais pour les autres, « Mercier sera désormais sacré ; il peut se moquer désormais des intrigues judéo-allemandes ; il est devenu inattaquable[1] ». L’auteur anonyme de l’article raconte, par la même occasion, que Dupuy a dit devant quatre témoins : « Je sais qu’on a osé promettre un million à l’officier-rapporteur, s’il consentait seulement à émettre des doutes sur la culpabilité de Dreyfus. »

Le même jour, les journaux officieux annoncent qu’Hanotaux est tombé malade.

Avant de s’enfermer dans sa chambre, il adressa une nouvelle note à l’Agence Havas ; il y démentait l’histoire des pièces et documents qui auraient été remis par Hanotaux à l’ambassadeur : « Il est absolument inexact que M. De Munster ait entretenu M. Hanotaux de l’affaire, autrement que pour protester formellement contre toutes les allégations qui y mêlent l’ambassade d’Allemagne[2]. »

Escobar n’eût pas mieux enveloppé le mensonge de vérité. Munster put croire, un instant, que ses affirmations avaient été acceptées ; Dreyfus, puisque son procès continuait, avait trahi au profit d’une autre puissance.

Ainsi échouèrent avant le procès, avant le gouffre que creusera le verdict de condamnation, les efforts de l’ambassadeur allemand pour sauver l’innocent. Tout ce qu’il a été possible de dire sans provoquer un incident redoutable, il l’a dit, non sans émotion, à Hanotaux. Le jeune ministre sentit si vivement que le vieil ambassadeur, parlant par ordre de son souverain, avait dit la vérité, qu’il n’osa pas en informer le Prési-

  1. Nouvelliste de Bordeaux du 12 décembre.
  2. Note du 13 ; journaux du 14.