Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/369

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


raient que leur forfaiture resterait ensevelie dans l’ombre et le doute. Sandherr était mort.

Henry raconte qu’il aurait éprouvé quelque surprise à voir Sandherr lui restituer le dossier secret : « Comment se fait-il que vous n’en ayez plus besoin ? — J’en ai un plus important », lui aurait répondu Sandherr. Et, après lui avoir fait jurer de n’en parler jamais, il lui aurait montré « une lettre plus importante encore que celles du dossier », ajoutant qu’il en avait quelques autres, dont il se servirait en cas de besoin. Henry n’avait plus jamais entendu parler de ce second dossier ; Sandherr ne le lui avait jamais remis.

Il est possible que toute cette histoire ne soit qu’une invention d’Henry. Mais Henry ne ment point pour le plaisir de mentir ; il y a toujours quelque raison profonde à ses mensonges. Quand il raconte que Sandherr lui a rendu, avant le procès de Dreyfus, le dossier secret, c’est pour faire croire qu’il n’en a pas été fait usage contre sa victime. A-t-il simplement imaginé la lettre mystérieuse, plus importante à elle seule que toutes les autres pièces ?

Ce qui permet d’en douter, c’est d’abord que son récit ne fut l’objet d’aucun démenti de ses chefs. Leur intérêt était évident à couvrir son mensonge au sujet du dossier secret. On ne voit pas quel intérêt auraient eu Boisdeffre ou Mercier à dire qu’ils apprenaient, pour la première fois, l’existence de l’autre dossier, ou à s’étonner que Sandherr n’en eût entretenu qu’Henry. Ils connaissaient donc ces autres pièces, et ne trouvaient pas mauvais qu’Henry les sortît, comme une menace. Et la seconde raison de ne pas récuser tout entier le récit d’Henry est plus forte encore. C’est qu’en 1897, le jour même[1]

  1. 16 novembre 1897.