Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/371

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démenti avec menaces de poursuites. Rochefort riposte par deux fois, affirmant sa véracité, ajoutant ce détail : que Casimir-Perier et Dupuy avaient pris l’engagement formel de démentir jusqu’à l’existence de ces lettres[1]. Puis, Rochefort se tait, et aucune sommation ne réussit, trois ans durant, à le faire sortir de son silence.

Or, s’il est certain que Casimir-Perier et Dupuy n’ont jamais pris un engagement de ce genre, qu’aucun document n’a été rendu au comte de Munster, et que Dreyfus n’a jamais écrit à l’Empereur allemand, ni l’Empereur à son ambassadeur pour qu’il s’abouchât avec un espion, la coïncidence est frappante entre le récit de Rochefort et celui d’Henry. D’autre part, Boisdeffre, à la même époque, au mois de novembre 1897, affirma à la Princesse Mathilde[2] et au colonel Stoffel[3] que Dreyfus était nommé dans une lettre ou note de l’Empereur Guillaume au comte de Munster. Deux ans plus

  1. 14, 15 et 17 décembre 1897.
  2. La révélation faite à la Princesse Mathilde par le général de Boisdeffre fut portée à la connaissance de la Cour de cassation par Jules Andrade, professeur à la faculté des Sciences de Montpellier (Cass, I, 775). La Princesse ne démentit que la réponse qu’elle aurait faite à Boisdeffre : « Général, je ne suis qu’une petite princesse, mais j’ai pourtant assez l’habitude des cours pour savoir qu’il y a des choses qui ne se font pas. Vous avez peut-être vu, mais ce que vous avez vu n’est pas la vérité. » En effet, la Princesse n’avait point fait cette réponse. — Andrade tenait son récit de M. de La Rive qui le tenait d’un tiers qu’il refusa de nommer (Cass., I, 779). La démarche de Boisdeffre auprès de la Princesse Mathilde eut lieu dans les premiers jours de novembre 1897, au moment où Scheurer-Kestner commença la campagne pour la revision. Un ami de la Princesse l’avait entretenue de l’affaire Dreyfus et l’avait émue ; Boisdeffre fut averti — par l’Ingénieur d’Ocagne — et accourut.
  3. Stoffel répéta cet entretien à un ancien député bonapartiste, Robert Mitchell, qui en fit le récit à Ranc. Le colonel Stoffel en fit également le récit au général Schneegans et à divers amis. Sa version semble la même que celle d’Ollivier ; il s’agit du bordereau annoté par l’Empereur Guillaume. —