Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/394

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libre, protestèrent contre le huis clos, par politique et par un vague instinct[1]. Cornély écrivit que demander la publicité, ce n’était pas faire acte de mauvais citoyen[2].

Mais les journaux des jésuites, et ceux qui reçoivent l’inspiration d’Henry, ou demandent ouvertement le huis clos, ou, feignant de le repousser, en font valoir longuement les raisons qu’ils appellent patriotiques ; c’était l’impossibilité de livrer nos prétendus secrets à l’étranger, l’intérêt supérieur de la défense nationale, déjà compromis, perdu si l’audience n’est pas secrète. Rochefort, ayant passé quarante ans de sa vie à insulter les rois et tous les gouvernements, se grima en diplomate. L’Intransigeant bafoua « les amis de Dreyfus, réclamant, à cor et à cri, le débat public, la lumière » ; pour démontrer « publiquement » la culpabilité de l’accusé, « il faudrait violer un secret d’État, avouer la soustraction des papiers de l’ambassade d’Allemagne, établir la complicité du comte de Munster[3] » ! De même, la Patrie : « Le huis clos est nécessaire[4]. » L’Éclair était rédigé par un ancien scribe du Père Duchêne, Alphonse Humbert, qui avait poussé de toute sa violence à l’assassinat de Chaudey. Le forçat d’autrefois, depuis qu’il était devenu un personnage, président du Conseil municipal de Paris, trinquant avec les amiraux russes, et député, s’était enrôlé au service de l’État-Major. Il ne traitait plus le drapeau tricolore de « loque infâme[5] », mais il continua de l’écla-

  1. Écho de Paris du 10 et du 13 décembre 1894.
  2. Gaulois du 13.
  3. Intransigeant du 13.
  4. Patrie du 13.
  5. Père Duchêne du 16 floréal an 79 (6 mai 1871). — Dans le numéro du 12 avril : « Est-ce qu’on ne va pas bientôt décréter d’accusation ce j… f…-là (Chaudey) et lui faire connaître un peu le goût des bons pruneaux de six livres ? »