Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/529

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CHAPITRE XII

LA CHUTE DE MERCIER

I

Suivons, écoutons cette foule qui s’en retourne, sous la neige, du lieu du supplice. Sa colère n’est pas calmée ; elle eût mis le traître en pièces, si elle eût pu l’approcher[1] ; elle regrette encore qu’il n’ait pas été lié au poteau de Satory, troué de douze balles. Ouvriers, bourgeois, qui se sont rendus à la parade comme à une fête patriotique, ne l’ont vu que de loin, à travers la haine et les justes colères contre le crime. Cependant le cri déchirant est entré dans leurs cerveaux, vrille encore immobile, mais qui s’enfoncera. Déjà, parmi ces furieux, quelqu’un pense : « Pourtant, s’il était innocent ! »

Chez les journalistes et les amateurs privilégiés qui ont vu de plus près, le trouble est plus profond. Nombre de journalistes trompent sciemment le public, non eux-mêmes. Ils n’étaient pas venus à cette représentation seulement par devoir professionnel, mais avec les

  1. Autorité, Croix, etc.