Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/551

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parlé, Clisson les aurait reproduits fidèlement[1]. Ce journaliste, violemment convaincu du crime de Dreyfus, ne vit que « l’intérêt historique » de la conversation ; il la nota, « comme un phonographe », sans être ébranlé dans sa foi. Cinq jours plus tard, accusé d’avoir publié l’apologie du traître, il écrira à la Libre Parole « qu’il ajouterait, s’il en était besoin, son crachat à tous ceux que son crime a valus au forçat[2] ».

Un autre publiciste, le baron de Vaux, ancien officier, avait remporté de la parade d’exécution le sentiment de l’innocence de Dreyfus[3]. Il alla également, le même soir, au Moulin-Rouge, et vit Lebrun-Renaud, qui était de ses amis, causer avec Clisson et Fontbrune[4]. Il ne lui parla pas, mais son secrétaire l’aborda après le départ de Clisson, et l’officier lui conta, dans les termes mêmes qui furent rapportés par le Figaro[5], le long monologue de Dreyfus, sa protestation d’innocence, sa foi dans un avenir prochain et l’origine du bordereau volé à l’ambassade d’Allemagne[6].

V

Gonse ne dormit guère.

Avant l’aube, « un peu avant six heures du matin[7] »,

  1. Cass., I, 403, Clisson. « J’ai publié simplement le récit, sans phrases, comme un phonographe aurait pu le faire. » (Lettre de Clisson à la Libre Parole.)
  2. Libre Parole du 10 janvier.
  3. Cass., I, 283, De Vaux.
  4. Ibid.
  5. C’est ce récit que j’ai suivi plus haut, ligne à ligne.
  6. Clisson écrivit : « une ambassade étrangère », mais tout le monde comprit.
  7. Rennes, III, 91, colonel Guérin ; I, 520, Boisdeffre ; Cass., I, 245, Gonse.


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