Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/552

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il accourut à l’État-Major du Gouvernement et demanda le colonel Guérin pour avoir le nom et l’adresse du capitaine de la garde qui avait mené Dreyfus à la parade. L’officier de service lui fit observer que Guérin ne savait que ce qui lui avait été raconté, ainsi qu’à d’autres officiers[1] ; alors, Gonse, en grande hâte, se rendit à l’État-Major de la place où il eut enfin le renseignement qu’il cherchait[2]. Il partit de là pour la caserne des Célestins, où habitait Lebrun-Renaud, et l’emmena en voiture au ministère de la Guerre[3].

Ce n’est jamais une petite affaire pour un officier, même supérieur, que d’être reçu par le ministre de la Guerre. Être convoqué, au petit réveil, chez le chef de l’armée, et non par un planton, mais par le sous-chef de l’État-Major général, c’était, pour un simple capitaine, une grosse histoire, et faite pour l’abasourdir. Arrivé au ministère, il fut introduit tout de suite chez Mercier[4]. De quel ton fut-il interrogé ? Il s’en tait. Il redit à Mercier, en présence de Gonse, « toute la conversation du capitaine Dreyfus »[5], telle qu’il l’avait déjà contée au sous-chef de l’État-Major, pendant leur trajet en voiture.

Pourquoi leur aurait-il fait un autre récit que celui qu’il avait fait, la veille, au Moulin-Rouge, et qu’il refera, le même jour, quelques heures plus tard, au co-

  1. Rennes, III, 91, colonel Guérin ; I, 520, Boisdeffre ; Cass. I, 143, Gonse.
  2. Cass., I, 520, Boisdeffre ; I, 245, Gonse.
  3. Cass., I, 275 ; Rennes, III, 75, Lebrun-Renaud. De même Gonse, Cass., I, 245. — Il était 7 heures ou 7 heures et demie. (Cass., I, 275 ; Rennes, III, 74, Lebrun-Renaud ; Cass., I, 245, Gonse, etc.)
  4. Cass., I 275 ; Rennes, III, 75, Lebrun-Renaud, De même Mercier, Rennes, I, 103.
  5. Rennes, III, 75, Lebrun-Renaud.