Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/577

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allemand. Cette coïncidence lui parut ajouter l’ingratitude à l’outrage. En vain, pour panser cette blessure, la Chambre avait-elle renoncé à l’un de ses plus anciens privilèges, refusé de suspendre la détention de l’élu du XIIIe arrondissement[1]. Ce vote n’avait été emporté qu’avec le concours de la droite ; les chefs du parti radical[2] avaient voté avec l’imposante minorité, toute républicaine. La défiance, la haine qui s’acharnaient contre Casimir-Perier malgré tant d’années de dévouement à la République, c’était, pour sa sensibilité nerveuse, une perpétuelle souffrance. Mais il s’en inquiétait encore pour sa magistrature elle-même, qui se trouvait diminuée, croyait-il, par tant d’injustice. Il pensait ne pas pouvoir ramener l’opinion égarée. Et la Présidence de la République, sans la confiance de la nation, n’est rien.

Une querelle de contentieux administratif ouvrit la crise.

À quelle date la garantie d’intérêt, assurée par les conventions de 1883 aux grandes compagnies de chemins de fer, finirait-elle pour deux d’entre elles, Orléans et Midi ? En l’absence de toute clause écrite, les compagnies prétendaient que la garantie ne finirait qu’avec la concession, en 1956 ; le Gouvernement et le ministre qui avait présidé aux négociations de 1883, Raynal, soutenaient que la date de 1914, fixée aux anciennes conventions, n’avait pas été abrogée par les nouvelles. Débat surtout théorique, la probabilité étant que la garantie, dans la prospérité croissante, cesserait de jouer bien avant 1914.

  1. Séance du 10 janvier 1895. La proposition de l’extrême gauche fut rejetée par 309 voix contre 218.
  2. Léon Bourgeois, Sarrien, Guyot-Dessaigne, Doumer, Lockroy, Camille Pelletan, Pierre Legrand, etc…