Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/579

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si le silence des conventions avait été le prix de quelque honteux trafic ou l’abandon volontaire des droits de l’État. Raynal était des amis personnels de Casimir-Perier et l’un de ses anciens collaborateurs.

Bravement, Raynal demanda à ses amis de le renvoyer devant la Haute Cour de justice, « pour y confondre les affamés de scandales et les professionnels de la calomnie ». Il appartenait au président du Conseil de s’opposer à l’audacieuse motion ; il dit n’avoir rien à ajouter à la déclaration de Raynal, et chercha à justifier l’attitude du Gouvernement, simple plaideur exposé soit à perdre soit à gagner, son procès. Il fut écouté dans le silence. Barthou se fit applaudir en expliquant sa démission. La motion des socialistes fut adoptée par trente voix de majorité. Par manière de représailles, une portion du centre refusa de voter l’ordre du jour de confiance que réclamait Dupuy. Poincaré, dans des conversations de couloirs, poussa ses propres amis à voter contre le ministère dont il faisait partie. Une majorité de vingt-deux voix renversa le cabinet[1].

Les ministres portèrent leur démission au Président de la République ; il annonça aussitôt la sienne. Il voyait une nouvelle injure dans le vote sur la mise en accusation de Raynal, avec le sentiment très net que le Cabinet s’était laissé battre pour le découvrir lui-même. Il était résolu à ne pas appeler les radicaux vainqueurs[2] au pouvoir. Les ministres combattirent

  1. Cette majorité était composée des radicaux, des socialistes et de quelques députés du centre, impatients de devenir ou de redevenir ministres ; Méline, Krantz qui avait combattu l’ordre du jour demandé par le Cabinet, Cochery, Darlan, Delpeuch, André Lebon, etc. Je votai pour le Cabinet, par crainte du lendemain.
  2. Bourgeois avait voté, le 10 janvier, pour la suspension de la détention de Gérault-Richard ; il avait été porté absent à la séance du 14.