Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/584

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juifs, aux cosmopolites, au monde des pots-de-vin et des coups de bourse. « Et voilà Dreyfus vengé ! Le voyage aux Îles du Salut lui sera moins amer[1] ! »

Deux jours après[2], le nouveau ministre des Colonies réclamait la discussion immédiate du projet de loi sur les îles du Salut. Le projet fut adopté, sans débat, à mains levées.

X

Pendant la nuit qui suivit l’élection de Félix Faure, Dreyfus fut brusquement réveillé dans sa cellule, à la prison de la Santé, et jeté dans un train de forçats, à destination de La Rochelle et de l’île de Ré.

Depuis la parade d’exécution, le n° 164 appartenait à l’Administration pénitentiaire (ministère de l’Intérieur). Son attitude à la Santé fut la même qu’au Cherche-Midi, si ferme et si touchante que le directeur. Patin[3] se convainquit, tout comme Forzinetti, que son prisonnier était innocent. La virile douleur de ses lettres, l’héroïque tendresse des lettres de sa femme, parlaient plus haut à ce simple fonctionnaire, habitué aux criminels, mais bon et sincère, que les hurlements de la foule et le verdict des sept officiers.

Dreyfus, en arrivant à la Santé, avait eu d’abord

  1. Patrie du 29 janvier.
  2. 31 janvier.
  3. Cass., I, 406, Fournier, inspecteur général des services administratifs : « J’ai été frappé de ce fait que cinq fonctionnaires de l’ordre pénitentiaire qui avaient vu Dreyfus, étaient convaincus de son innocence : Forzinetti, Durlin, directeur du Dépôt, Patin, directeur de la Santé, Pons, contrôleur à la Santé, le gardien Renard à Saint-Martin de Ré.