Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/602

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Comme tout s’éclaire ! Panizzardi demande à Schwarzkoppen les cartes dont il a parlé, celles de Nice. C’est la réponse même à la lettre de Schwarzkoppen, l’informant que « ce canaille de D… » lui a apporté, pour l’attaché italien, douze plans directeurs de Nice.

Gonse ajoute : « Je vous ferai remarquer qu’en 1892, Dreyfus était à l’École de guerre, qu’il avait fait un voyage dans le Sud-Est ! » Voici le raisonnement : Dreyfus est allé dans les Alpes ; il n’y a de plans des Alpes, comme il n’y a d’edelweiss, que dans les Alpes ; donc c’est Dreyfus qui a livré les cartes à Schwarzkoppen.

Cette date de 1892 est-elle exacte ? La pièce ne serait-elle pas de 1893 ?

Cordier, à Rennes, demanda en vain à voir la pièce.

Mais l’incident soulevé par Cordier ramena Lauth à la barre ; et Lauth, dans le feu de sa déposition, préoccupé de contester la date de 1892, oublia que la date du 16 avril 1894 était inscrite sur la pièce et avait été attestée comme exacte par Cavaignac, par Mercier et par Roget[1], et que, lui-même, il avait commencé par dire[2] que la lettre était arrivée en avril ou mai 1894. Cette date d’avril 1894, c’est Cordier (selon Lauth) qui l’a méchamment inventée pour jeter un nouveau soupçon sur l’État-Major » « En disant, dépose Lauth, que la pièce porte la date d’avril 1894, le colonel Cordier a voulu insinuer qu’on avait falsifié la date, qu’on l’avait mise après coup[3]. » Et Lauth déclare : « C’est moi qui l’ai recollée ; je suis arrivé au bureau au mois d’août 1893, et je l’ai recollée à la fin de l’année 1893. » Il en donne cette preuve que les pièces du commencement de 1893 « étaient recollées avec une espèce de papier timbre-poste qui n’était pas transparent ; elle est donc de la fin de 1893, quand on a commencé à acheter au Bon-Marché du papier gommé transparent [4] ».

  1. Cass., I, 640, Roget.
  2. Bennes. I, 607, Lauth.
  3. Ibid., II, 531.
  4. Ibid.