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ANNÉE 1897


Jeudi 21 janvier.



Cest une prière écrite que je veux vous faire, mon Dieu ! J’ai essayé de lire, mais rien ne me correspond.

Si vous êtes ce que ma religion m’a appris que vous étiez, vous me donnerez cette vie que je cherche avec tant de travail. Si vous êtes un autre Dieu, écoutez-moi quand même, car je suis résolue à toutes les extrémités et cela fait les bons instruments.

Mais c’est de vous, mon Dieu que je connais, que je voudrais être entendue. Je n’ai pas de vertus et pas trop de foi, seulement je suis martyrisée, et ce que cela rend brave !

Je veux vivre, mon Dieu ! Et chaque journée qui passe une ombre plus violette sur mon âme, je la considère comme un renouvellement du pacte qui nous lie, par lequel vous m’avez prise à l’enfance, à la jeunesse, au bonheur et en vertu duquel Vous ne pouvez plus me traiter ni en enfant, ni en femme, ni même en créature ordinaire, puisque rien sur la terre n’est fait pour moi.

Car c’est bien l‘épreuve absolue, celle qui rompt tous les liens d'une destinée avec le passé et l'avenir, qui altère tout, qui sépare de tout, la plus grande isolatrice après, peut-être même avant la mort.

Eh bien, mon Dieu, qui savez tout cela, qui savez avec quel dégoût je marche à cet avenir auquel je ne peux penser sans ressentir une chute au dedans de mon âme, sans éprouver physiquement le désespoir, accordez-moi, peut-être pas la seule