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JOURNAL DE MARIE LENÉRU

est-ce que c’est la chose que Voltaire a fait de mieux ? Est-il permis de penser comme cela? Dans Ses poésies, il a bien recours à Dieu ! Pourquoi blâme—t-il son culte ? Ce n’est pas non plus, lui aussi, ce qu’il a fait de mieux. Maintenant qu’il est mort, il ne doit plus penser comme cela. Ah ! ça, j’en ai bien la conviction.

Dimanche 13 février.

Encore une nouvelle entreprise ! Espérons qu'elle réussira ! J'ai entrepris de faire un idéal de la vie que je tâcherai de suivre autant que possible, mais je ne promets rien.

Fernande et moi, nous avons fait quelque chose qui a dû bien faire rire le diable ; qu'il a dû être en fête ! mais en revanche, pas nous : nous avons appelé Augustine « caux », et quand elle nous a demandé ce que cela voulait dire, nous avons répondu : « moqueuse » !

Lundi 14 février.

Oh ! que je suis contente! que je suis contente ! Voilà que quand je suis rentrée, maman m’a dit de remonter, parce qu'elle a des choses à ramasser ; moi, je remonte tout tranquillement, puis, voilà que quand je viens faire mon journal, je vois que maman a oublié une boîte sur la table. Je vais, je regarde, qu'est-ce que je vois ? un ravissant onglier, mais ravissant ! ravissant ! Aussi, tout à l’heure, je vais l’essayer et j’essayerai de tout ! de la lime, des ciseaux, de la brosse et de la peau. Plus tard, quand il y aura de la poudre dans la boîte à poudre, je ne manquerai pas de m’en servir.

Je viens de lire à maman les cinq lignes de là-haut, et voilà que nous sommes obligées par maman — (qui dit qu’il n’y a qu’une manière de réparer ces choses-là) — de dire à Augustine la véritable signification du mot « co » 1 — (pas caux, c a u x,

I. Terme de plaisanterie employé dans la famille de Marie Lenéru pour désigner les protestants: co-religionnaires.